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La maison dans la peinture hollandaise

Dans les maisons hollandaises au XVIIeme siècle, et tout particulièrement dans la ville de Delft, chez les peintres comme Pieter de Hooch, Samuel van Hoogstraten, ou chez Vermeer lui-même, on laisse portes et fenêtres ouvertes, il faut que la lumière entre. Elle sculpte les formes, elle réchauffe les couleurs, elle dessine l’espace, elle donne vie aux choses et aux hommes. Elle entre de côté et baigne les pièces par grandes vagues, elle se répand sur le sol dallé de marbres contrastés, elle s’accroche aux damas, aux taffetas des robes et des tapis de tables, elle se reflète sur le pied d’argent d’un bougeoir, s’arrondit sur le flanc d’une bassine de cuivre et donne aux visages des femmes un éclat serein. La maison est le territoire des femmes, maîtresses et servantes. Des enfants calmes jouent à leurs pieds.

Les habitations de briques rouges émaillées sur les façades et sur les toits s’ouvrent sur de minuscules cours pavées, les jardins étroits sont clos de murs. Les servantes récurent les plats au pied de la pompe à eau ou écaillent un poisson. La lumière est égale, légère, aérienne.

Le peintre est curieux des effets de perspective, il dessine avec une précision d’architecte les murs et les fenêtres, les solives du plafond comme le damier des dallages et toutes ces parois qui délimitent et cloisonnent l’espace de ses intimités. Il ouvre volontiers dans le mur du fond une large baie par où l’on aperçoit une autre chambre ensoleillée, une cour et un autre jardinet ou encore les façades à pignons sur l’autre rive du canal. Jamais le regard ne se perd dans l’espace illimité et dans l’immensité du ciel, il est toujours contenu dans l’ingénieux compartimentage de ces intérieurs.

La porte grand-ouverte pour nous, montre une enfilade de pièces qui font alterner selon un rythme régulier ombre et lumière. Nous pénétrons dans la cuisine, dans un intérieur bourgeois, un torchon blanc de coton est pendu au mur, un balai est posé tout à côté, dans l’ombre, le sol en diagonales de dalles rouges et noires est parfaitement propre, la plinthe qui court au bas du mur est en faïence de Delft, fond blanc, figurines bleues. Plus loin, dans la lumière, sur le sol uniformément rouge et ciré des mules de cuir à semelles de bois sont abandonnées devant l’entrée du salon. Le dallage de losanges blancs et noirs marque la perspective de la pièce. La clef est sur la porte, le trousseau se balance doucement. Les murs sont blancs, étincelants, la table est recouverte d’un gros taffetas jaune frangé assorti au fauteuil à dossier droit. Un tableau est accroché au mur, visible aux deux-tiers, un tableau de Ter Borch, dans lequel une femme est représentée devant un lit à baldaquin rouge. C’est comme si l’espace de la maison se prolongeait dans la peinture et comme si toute l’intimité de cet univers nous était là offerte.

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